Maxime: mon fils absent

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Pauvre faune qui va mourir 
Reflète-moi dans tes prunelles 
Et fais danser mon souvenir 
Entre les ombres éternelles. 

Va, et dis à ces morts pensifs 
A qui mes jeux auraient su plaire 
Que je rêve d'eux sous les ifs 
Où je passe petite et claire. 

Tu leur diras l'air de mon front 
Et ses bandelettes de laine, 
Ma bouche étroite et mes doigts ronds 
Qui sentent l'herbe et le troène, 

Tu diras mes gestes légers 
Qui se déplacent comme l'ombre 
Que balancent dans les vergers 
Les feuilles vives et sans nombre. 

Tu leur diras que j'ai souvent 
Les paupières lasses et lentes[,] 
Qu'au soir je danse et que le vent 
Dérange ma robe traînante. 

Tu leur diras que je m'endors 
Mes bras nus pliés sous ma tête, 
Que ma chair est comme de l'or 
Autour des veines violettes. 

-- Dis-leur comme ils sont doux à voir 
Mes cheveux bleus comme des prunes, 
Mes pieds pareils à des miroirs 
Et mes deux yeux couleur de lune, 

Et dis-leur que dans les soirs lourds, 
Couchée au bord frais des fontaines, 
J'eus le désir de leurs amours 
Et j'ai pressé leurs ombres vaines... 
Anna de Noailles


Article ajouté le 2006-05-22 , consulté 209 fois

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