Maxime: mon fils absent13 mai - Haine
Ca fait longtemps que j'aurais du t'écrire. T'écrire oui bien sur… alors que peut être tu ne liras peut être jamais ces lignes. Mais il faut le faire. Le faire pour que tu saches. Pour que le jour que j'espère, celui où je croiserais ton regard. Il sera peut être plein de haine, de colère, d'incompréhension. C'est pour ça que je dois te dire pourquoi, comment même si rien ne justifie, rien. Il y a tant de choses que j'ai voulu t'épargner. Une seule cependant je ne saurais. C'est la différence. Tu es différent, tu seras différent. Tu es un enfant adopté. C'est ce qu'on te dira ou que tu découvriras. Non tu es un enfant confié. Toi mon fils. Car c'est ainsi que je te nomme. Dans tout les rêves où tu es, dans toutes ces pensées ou tu passes. Oui tu seras différent mais tu ne seras pas un enfant du hasard. Je veux oublier le monstre qui a généré ta vie. Je veux l'oublier car il a mis en moi tant de haine que jamais je ne voudrais que tu le croises. Je me dis que seule je t'ai créé. Nourris de mon corps et de mon cœur. Chaque jour que tu as vécu dans mes entrailles je t'ai aimé. Je t'ai nommé et combien de fois je t'ai demandé pardon. Pardon pour la lâcheté, pardon pour l'avenir, pardon du départ. Que pensera tu, toi, quand tu seras en age de comprendre ou plutôt de ne pas comprendre POURQUOI. Je donnerais ma vie pour que tu saches au moins que chaque jour depuis ta naissance j'ai pensé à toi. Petit être déjà fort qui a grandi au creux de moi. Tu m'as tenu compagnie quand dehors c'était la tempête. Seule, j'ai été seule. Mais toi j'ai voulu que tu ne le sois jamais. Que tu n'aies pas à t'en faire pour manger, boire, dormir, apprendre …vivre. Ca ne justifie pas …ça ne justifie rien. Combien de fois cette vie depuis ce jour m'a paru être un long chemin vers la mort ? Combien de fois n'ai-je compté les années qui me séparaient d'une hypothétique retrouvaille. Pour toi j'ai souhaité le mieux, le meilleur. Je voulais surtout que jamais tu ne connaisses la peur, l'angoisse. Celle qui vit en soi, elle est la, non même pas en dedans, elle est à coté de toi sans cesse. Elle respire dans ton souffle, jusqu'au moindre battement de cils, elle s'immisce en toi. Parfois elle te laisse un répit mais elle n'est jamais loin. Peur de quoi ? Peur de la peur, peur de l'angoisse. Non ce n'est pas la folie. Qu'est ce que ça peut être la folie ? Je raisonne et je vis. Je vis avec un poids, une sorte de boulet que je tire comme un supplicié. Ca ne peut être la folie. Au mieux c'est la torture. Encore et encore elle revient. Comme un poids sur tes épaules, elle t'étreint. Mais ça, tu ne le vivra pas. Non tu ne dois pas. J'ai voulu te donner la force, la sérénité. L'ultime instant de séparation j'ai souhaité du fond du cœur que tu sois protégé. Oh je n'ai pas prié. Mon fils comment pourrais je croire ? Comment croire en un seul dieu qui peut faire tant de chose ? Laisser vivre tant de haine ? Je ne peux y croire… sinon a quoi sert-il sinon a remplacer ces drogues, ces médicaments, ces alcools, …toutes ces choses qui annihilent un temps le libre arbitre. Mais toi mon fils, tu auras peut être la paix qui te permettra de croire. Je devrais sortir sur le papier tout ce torrent qui grouille en moi. Il a grondé tant de nuits, tant de jour. Charriant mes larmes et mes colères. Toutes ces images sales, toutes ces choses ignobles dont l'homme est capable. La vie m'étouffe parfois… ne connais jamais ça. Je me suis toujours posé tant de questions. Ou, pourquoi, quand … le chemin me paraissait si incertain. Ma tête n'a jamais cessé de travailler. Comme une machine qui produit sans arrêt, un moulin à pensées, à idées parfois si saugrenues que j'en ai honte. Que je m'en sens si différente des autres. Je vis à l'intérieur de moi-même. Je vis dehors aussi mais dedans ça n'arrête pas de bouillir … d'idées et de cauchemars. Je hais toutes ces fois ou je me dis être folle ou anormale. Pourquoi certains ne pourraient pas avoir une vie intérieure ? Est ce que c'est si anormal ? Une seule vie pour faire quoi ? Suivre l'évolution physique prescrite par le percentiles et après ? Réussir… réussir à l'école, au travail …dans quel monde t'ai-je mis ? Souvent je me le suis dit. Mais peut être que toi tu ne penses pas autant. Quel moteur fait avancer ta vie ? Pas celui de la haine par pitié pas celui la. Je ne connais que trop la haine et ses travers. Cette chose qui te tord les tripes à t'en étouffer. Elle aussi vit à coté de toi. Toujours prête à gâcher les moments de répit. J'ai toujours espéré que la vie rend justice. Un jour ou l'autre. Mais je n'en ai encore eu aucune preuve. Toi tu dois vivre avec l'espoir. L'espoir et la force. Oh je n'exige rien de toi on a déjà tant exigé de moi même. J'ai déjà tant exigé de moi-même. Je vis avec ma dette. Je la paie, je la repaie, je la paie encore et encore. Comme les tonneaux de Danaïdes… sans fin. Je remplis mes poches de cailloux chaque jour mon fils si tu savais. Qui est prisonnier de quoi ma tête de mon cœur ou est ce l'inverse. Je ne me laisse jamais de répit. Je fais du mal aux autres à force de me torturer…je les éclabousse de ma rage contre moi. Tout ce que j'aurais aimé te dire, te faire connaître. Est-ce qu'on t'apprendra la rosée sur les bois ? L'odeur de la pierre après la pluie ? Est ce qu'on t'apprendra à voir ce qui est petit, à t'asseoir sur l'herbe et écouter le silence. Connais tu le silence ? Est-il ton ami ? je l'ai souvent fuis et pourtant. Maintenant il m'est de bonne compagnie. Un peu comme la solitude. Si longtemps je l'ai détestée, la fuyant à tout prix, au prix de coups, au prix d'humiliation et de tant de choses. À présent qu'elle m'a apprivoisée, que je l'ai apprise, je l'accepte car elle te ressemble. Elle ressemble à l'absence. Oui déjà presque 12 ans d'absence. Cela fait combien de jours ? Combien de minutes ? L'absence qui me suis partout. Elle me tient la main à présent. Nous ne sommes pas réconciliées mais juste alliées de fortune. J'aimerais tant savoir si tu me ressembles. Si tu as hérité de ce coté méditerranéen qui sont dans tes racines. Tes racines…celles qu'on t'as arrachées. Oh si j'avais su mon fils … quelle horrible chose que d'arracher une plante à sa terre native. Si j'avais su qu'il existait des possibilités de ne pas couper les liens. Pas définitivement. Mais il y a tant d'argent je suppose en jeu. Puis l'exclusivité et la possession… combien accepte de s'occuper d'un enfant « en attendant que… » Que quoi ? Que celle qui l'a mis au monde soit enfin adulte ? Saches qu'au plus profond de moi je rejette ce mot. Je le trouve hideux et effrayant. Il ressemble à un corbeau au bec acéré. Je déteste ce mot car il signifie la mort. La mort de l'enfance. La mort de l'insouciance. Insouciance ne veut pas dire irresponsable. Ne te le laisse pas conter. Saches que l'on peut grandir sans pour cela tourner le dos à l'enfant que nous sommes. Je me bats aussi pour ça même si ce combat est sans doute perdu d'avance. Car la différence même infime à l'age adulte est synonyme d'handicap. Ne te le laisse pas dire mon fils que rester enfant est mal. Mal appartient au monde adulte. Car il connaît la souillure, la trahison et la complexité. Tu verras vite que si tu n'as plus cette étincelle de spontanéité, il fera souvent noir en toi. Alors aussi tourmentées que peuvent être les méandres de ma cervelle, je conserve sans cesse la flamme de l'enfance. Que de combat j'ai vécu contre la petite fille en moi. Elle gagne à chaque fois …quelle chance. Mais toi quel enfant seras tu ? Avec ta différence. Qui te diras l'amour que j'ai porté pour toi que je porterais toujours ? Toutes ces pensées pour l'enfant si loin que tu étais. Que devais je faire me le diras tu un jour ? j'ai tant de choses à sortir des remparts que j'ai construit en moi.
Article ajouté le 2006-05-14 , consulté 330 fois Commentairesroro80132 le 22/05/2006 à 15:10:38il est trop se texte, moi je ne connais pas mon père et je peut dire que cela fait mal 19 ans sans le voir ni un mot ni un geste... Objessecefe site : http://artega.homepage24.de/page10.html | le 18/10/2007 à 13:12:40 Hello. I need some help Psiiik0 site : Psiiiko.blog4ever.com | le 07/03/2008 à 14:14:00 J'ai lu une grande partie de ton blog (je me permets de te tutoyer) et sâche que j'ai été profondémment touchée, les larmes aux yeux même... Que dire de plus ? Rien... Tu as mon soutiens, et j'éspère que la patience vaincra... MM le 07/07/2008 à 22:27:51 C'est encore moi ... Je viens de lire ce texte (et tous ceux du blog d'ailleurs) ... ta souffrance, je pensais la connaitre ... je me rends compte que je ne la connais pas sufisamment ... ce texte me boulverse ... moi qui te connais, qui connais une bonne partie de ton histoire ... c'est plus que des larmes qui me viennent aux yeux ... peut être parce que j'ai partagé certains moments avec toi et que cette histoire fait aussi un peu partie de ma vie ... Trop de souffrances pour ton petit corps et ce malgré ton grand coeur ... je pense à toi (A vous) Isis ... MM LiensVoir les articles de la catégorie " Lettres à Maxime "Retour aux articles |
Espace de gestion
Créer un blog gratuit avec Blog4ever - Amis |